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Studio Harcourt : la griffe parisienne qui déchire le temps

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« En France, on n’est pas acteur si l’on n’a pas été photographié par les Studios d’Harcourt », écrivait en 1957 Roland Barthes dans ses Mythologies. Soixante ans plus tard, l’atelier mythique de photographie de portrait, fondé en 1934 à Paris, connaît un renouveau exemplaire après avoir frôlé plusieurs fois la faillite. Entretien avec Catherine Renard, sa directrice générale.

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harcourt_cosette.jpg, par AdminLetsGo

Qu’est-ce qui fait du Studio Harcourt une marque unique au monde ?

Catherine Renard – C’est la seule marque de photographie à fonctionner encore, depuis sa création, sur le mode d’un atelier photographique. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de photographe star au Studio Harcourt, mais plusieurs professionnels qui travaillent à l’élaboration d’une œuvre artistique.

Et puis c’est un style reconnaissable entre tous : ce qui fait, au-delà du noir et blanc, la patte Harcourt Paris et qui nous différencie des photographies de mode, c’est son iconographie qui vient de la peinture, cet éclairage très particulier qui installe une profondeur de champ et permet d’obtenir un portrait en trois dimensions.

 

Comme définiriez-vous son esprit français ?

C. R. – Déjà c’est en France qu’a été inventée la photographie ! Au 19e siècle, Paris a fait par ailleurs des studios portraitistes une tradition. Et puis le Made in France a toujours été un pilier dans l’histoire du Studio Harcourt, avec la signature mythique « Harcourt Paris ».

 

Si vous deviez choisir 3 photographies emblématiques du Studio Harcourt, quelles seraient-elles ?

C. R. – Le portrait de Jean Cocteau pour son film La Belle et la Bête (1946), avec la lumière d’Henri Alekan, qui est très proche du style Harcourt. Celui d’Édith Piaf, qui est connu dans le monde entier. Et peut-être celui de Jean Marais… Ou, pour citer une photographie contemporaine, car le Studio Harcourt s’incarne aussi très bien à travers les personnalités actuelles, l’œuvre photographique réalisée en 2009 en collaboration avec la plasticienne indienne Pushpamala N – dont la spécificité est de se mettre en scène dans des reproductions de tableaux classiques, ici « La Liberté » de Delacroix : cette œuvre a fait le tour du monde et fait partie aujourd’hui des collections du Centre Georges Pompidou.

 

Le Studio Harcourt a connu des hauts et des bas au cours de son histoire. Qu’est-ce qui vous a conduit à en prendre la direction en 2007, après son rachat par Francis Dagnan ?

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stone_oliver.jpg, par AdminLetsGo

C. R. – C’est avant tout une vision entrepreneuriale. J’ai beaucoup d’admiration pour les entreprises créées par des femmes dans l’entre-deux-guerres : on a souvent oublié leur rôle moteur dans le dynamisme économique de cette époque- là. Cosette Harcourt, en l’occurrence, qui est à l’origine de la création du Studio en 1934, a eu cette vision remarquable que la photographie allait remplacer la peinture dans le genre du portrait. J’ai trouvé intéressant de venir redonner une assise économique à cette entreprise qui était bien mal en point en 2007 : autant la publicité et le photoreportage avaient fait la gloire de la photographie dans les années 1980-2000, autant depuis le début du 21e siècle, ce modèle ne fonctionnait plus.

 

Comment avez-vous procédé ?

C. R. – J’ai d’abord travaillé sur le storytelling du Studio Harcourt, afin de mieux faire connaître l’histoire du plus vieil atelier photographique du monde, son style inimitable aussi, notamment au Japon et en Chine où la marque n’avait aucune notoriété. À cette fin, nous collaborons avec la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, qui gère le fonds de photographies du Studio racheté par l’État en 1986, pour faire tourner en permanence des expositions en France et dans le monde : ainsi, on a pu voir récemment des photos Harcourt à Brest et dans la province chinoise de Yunnan.

J’ai également fait en sorte que le savoir-faire artistique du Studio Harcourt soit reconnu par ses pairs en obtenant le label français « Entreprise du patrimoine vivant ». C’est chose faite aujourd’hui et c’est une grande fierté.

Et puis j’ai essayé de diversifier les produits proposés, à destination des particuliers comme des professionnels. Dans notre société qui communique en images, les actifs ont besoin aujourd’hui de portraits à leur avantage. Il devenait donc nécessaire de rendre nos produits accessibles à tout le monde, et pas seulement aux personnalités, sans dénaturer pour autant l’œuvre d’art. C’est dans cet esprit que nous avons mis en place des cabines Harcourt un peu partout sur le territoire français : à l’ère numérique, nous voulions donner envie aux gens de renouer avec le concept du studio en leur démontrant qu’un portrait, c’est avant tout un éclairage plutôt qu’une technique photographique.

Nous proposons par ailleurs aux entreprises d’offrir à leurs clients et à leurs collaborateurs un moment privilégié de pose au Studio Harcourt : en 2007, nous avons été les premiers à faire valoir que nous proposions bien plus qu’un portrait, qu’une œuvre d’art, mais bien l’occasion de vivre une expérience photographique.

 

Quels sont vos prochains projets ?

C. R. – Nous mettrons en place dans quelques mois un studio éphémère dans un grand magasin de Tokyo. Une autre équipe partira le mois prochain s’installer à Marrakech. Ce qui est important, pour nous, c’est d’aller à la rencontre de notre public et de lui faire connaître notre savoir-faire.

 

Comment voyez-vous le Studio Harcourt dans 50 ans ?

C. R. – J’aurais tendance à dire que grâce à l’intelligence artificielle, un filtre Studio Harcourt sera installé sur tous les smartphones et permettra à la terre entière de faire de très belles photos à notre griffe !

 

Photos : Cosette Harcourt et Oliver Stone 

Ci-dessous, retrouvez quelques-unes des photos les plus mythiques du Studio Harcourt. 


Créé en 1934 par Cosette Harcourt, le plus vieil atelier photographique au monde, qui a immortalisé des milliers de vedettes en les imprimant de son style inimitable, vit aujourd’hui une renaissance exemplaire sous l’impulsion de Catherine Renard, une autre femme d’entreprise visionnaire. Reconnue en France « Entreprise du patrimoine vivant », la marque mythique rayonne désormais jusqu’en Asie et séduit particuliers comme professionnels à travers son savoir-faire portraitiste d’exception.


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